Nantes-Guinée est une association dont l'objectif est de permettre un accès aux soins par le développement de mutuelles de santé en Guinée, de contribuer ainsi à l'effort de lutte contre la pauvreté et à l'émergence de la société civile. En réponse à la demande de groupements d'agriculteurs, l'équipe sur place (chef de projet, spécialistes mutuelles, animateurs de terrains soit huit personnes) aide la population dans sa démarche de mise en place et de développement de mutuelles : formation des militants, appui à l'organisation des instances (assemblée générale, trésorerie...), sensibilisation à la législation... Au cours du projet triennal (durée de référence pour un financement par la Ministère des affaires étrangères) juste terminé, trois mutuelles ont été créées, deux dans la région du Fouta Djallon (à 450 km au nord de Conakry), et une dans les îles de Loos. Le nouveau projet qui vient de démarrer doit consolider ce résultat et travailler à la mise en place de quatre nouvelles mutuelles dans la même région du Fouta.
Le principe est toujours le même : faire avec les guinéens (en lien avec les autorités publiques), en les aidant à être les propres acteurs de leur santé.
Cotiser à la mutuelle pour mettre en commun des ressources financières qui donnent la garantie de pouvoir se soigner en cas de maladie, être mutualiste pour avoir la possibilité de s'exprimer sur les besoins de santé et leur prise en charge (un mutualiste = une voix), promouvoir les mutuelles pour s'inscrire dans un développement solidaire et durable. A terme, avec un nombre suffisant d'adhérents (et les dépenses couvertes par les cotisations), le projet devra s'autonomiser, en se passant des services de l'opérateur d'appui. C'est pour amorcer ce processus d'autonomisation que vient d'être embauché un chargé de programme guinéen, Thierno Bah, sur un profil de poste de futur chef de projet (il n'y aura plus besoin de chef de projet expatrié).
Permettre un accès aux soins et offrir des soins de qualité...
Cela suppose non seulement la population soit solvable (par le biais ici d'une mutualisation des moyens) mais encore que l'offre soit en cohérence avec le projet, que les soignants et en particulier les médecins acceptent de s'inscrire dans une relation contractuelle avec les mutuelles (ne pas surfacturer les soins, avoir conscience des limites financières pour ne pas mettre en péril la mutuelle, s'impliquer dans des actions de prévention, de santé communautaire...). Nantes-Guinée au niveau de ses réalisations à Loos est justement en train d'impulser avec l'ambassade de France, les facultés de médecine de Nantes et de Conakry, deux ONG de médecins guinéens... une réflexion sur le concept de médecine de famille. Une médecine de qualité en Guinée, ce n'est pas revendiquer un hypothétique accès au scanner... c'est d'abord avoir de l'eau au niveau des structures de soins, c'est accueillir les patients avec empathie et respect, etc... Etre médecin, c'est un savoir mais aussi un savoir faire et tout autant un savoir être (en Guinée comme en France ! ).
Oeuvrer à un développement durable, "faire" dans l'économie sociale et solidaire, n'est pas choisir la facilité.
Il est plus aisé d'envoyer des médicaments que de mettre en place un système de cotisation pour payer les médicaments et d'agir avec d'autres partenaires pour que le ravitaillement en soit pérenne. Mais c'est la condition indispensable pour que les guinéens puissent, à terme, gérer eux mêmes leurs mutuelles, sinon quand il n'y a plus de donateurs, il n'y a plus de projet.
Ces choix de Nantes-Guinée rendent bien compte de l'engagement des membres qui la composent et qui (en plus du MAE) financent le projet : le CCE (comité central d'entreprise) de la Mutualité (c'est à dire les salariés de l'entreprise), la Mutualité elle même, la ville de Nantes, et le CHU. L'association a été créée en 1992, à l'initiative du CCE et de la ville de Nantes. Le CCE (CFDT) ayant fait le choix de mettre à disposition d'un projet de solidarité avec le sud, l'argent des chèques restaurant non utilisés (plutôt que de redistribuer les fonds aux salariés). Depuis l'an dernier, le Conseil régional verse aussi une subvention.
L'investissement à Nantes relève de la même démarche.
C'est ainsi qu'avec une autre association "Guinée 44", chargée de la mise en œuvre de la coopération décentralisée du département, Nantes-Guinée est à l'origine d'une "plate-forme Guinée" pour les Pays de la Loire. Toutes les associations qui interviennent en Guinée sont regroupées autour d'une charte sur les principes de développement durable, de non concurrence, de transparence, de mutualisation des moyens... Quatre axes d'action ont été retenus : l'appui à la gouvernance locale, la santé (piloté par Nantes-Guinée), la formation, l'enseignement et la recherche avec les facultés, les grandes écoles... et un axe d'éducation au développement dans les Pays de la Loire. Un comité de gestion réunit les principaux acteurs chaque mois pour informer des actions menées, des missions prévues ou réalisées, travailler sur des thèmes communs (les grilles de salaire de nos employés en Guinée...) ; un comité de pilotage, trois fois par an, permet de faire le point avec les élus (Conseil régional, Conseil général, métropole et ville de Nantes).
Un exemple d'application de ces principes de mutualisation des moyens : la représentation de la plate-forme confiée à Nantes-Guinée lors des récentes Ecossolies à Nantes.