Etudiant en Histoire, puis en Gestion des Administrations Publiques et aujourd'hui en master 2 I. P. E. I. (Ingénierie en Projets Européens et Internationaux), j'avais toujours eu dans l'idée de travailler pour le développement. Mais pas n'importe lequel, pas celui qui apporte des ingénieurs, du goudron et du matériel puis repart en livrant le « cadeau routier » aux autorités du pays d'intervention...lequel rappellera cinq ans plus tard la même ONG ou l'entreprise par ce que le goudron a disparu sous le sable et les roues de bahuts quinquagénaires. Non je voulais mettre mes compétences de création et de gestion de Projet International au service du Développement DURABLE.
Nantes-Guinée met en oeuvre des projets d'appui à la création et à la gestion de mutuelles de Santé en Guinée Conakry dont la finalité est l'AUTONOMISATION...et j'ai été conquis dès le premier entretien. L'association a une conception du développement qui mêle transfert de compétences, rigueur et pérennisation ; je la rejoignais sur tous ces points et espérais vivement pouvoir valider mon cursus par un passage en son sein.
Depuis le 2 février dernier j'y effectue mon stage avec pour mission la production d'une étude de communication fournissant des pistes de réflexion et des outils pour améliorer les échanges au sein de l'équipe en Guinée, entre l'équipe de Guinée et le siège de l'association à Nantes ainsi que pour donner une meilleure lisibilité de l'action de l'association aux bailleurs et aux partenaires français comme guinéens.
Après avoir effectué la première partie de mon stage confortablement à Nantes, je suis arrivé en Guinée le 16 avril dernier. J'ai passé quelques jours à Conakry avec la Chef de Projet expatriée (Valérie), puis j'ai rejoint le Projet « Santé pour tous » de Nantes-Guinée basé en Moyenne Guinée à Labé (400 Kms de Conakry). Après la présentation de l'objectif de mon stage, j'ai demandé aux dix membres guinéens de l'équipe d'être assez coopératifs pour recueillir le maximum de données, sans que cela ne perturbe leur travail. Je souhaite les suivre collectivement au cours des réunions et individuellement (sur le terrain), pour établir un diagnostic des outils de communication utilisés au sein de l'équipe et vers les mutualistes. Pour m'imprégner entièrement du Projet, j'ai suivi Thierno Hady Bah (le Chef de Projet local) pendant les deux premières semaines. J'en retire un enseignement majeur : l'objectif d'autonomisation n'est pas un vain mot, il transparaît réellement au travers de l'action de Monsieur Bah. En effet, dès mes premiers moments passés au Projet, j'ai pu constater qu'il se comportait comme un vrai Chef d'équipe, alors que Valérie restait en retrait lorsqu'il s'agissait de la gestion du travail des agents de terrain.
Concernant mes déplacements sur le terrain, pour l'instant, je n'ai visité qu'une mutuelle, celle de Gongoré, au moment du renouvellement de sa convention avec le Centre de Santé public. Cette réunion m'a agréablement surpris, car sur la dizaine de responsables mutualistes présents, plus des trois quarts étaient des femmes...ce qui est assez révélateur de la société guinéenne, une société où les femmes subissent l'illettrisme, la polygamie...mais une société qui a besoin de leurs compétences...
Je suis ensuite retourné sur Conakry pour accompagner le Chargé de Programme local, au séminaire national de finalisation du Programme Concerté Pluri Acteurs Guinée (PCPA). Celui-ci est un outil de structuration et de rationalisation de la Société Civile (financé à 75% par le Ministère français des Affaires Etrangères) qui a déjà fait ses preuves au Cameroun ou en République démocratique du Congo par exemple. Après trois jours intenses de travail au cours desquels j'ai pu me confronter, timidement dans un premier temps, puis beaucoup plus franchement ensuite, à la méthode de travail « guinéenne » (on négocie beaucoup et on parle très fort), le programme a été validé pour entrer dans sa phase pilote et un nom lui a été choisi : Programme Concerté pour le Renforcement des Organisations de la Société Civile et de la Jeunesse Guinéennes. Imaginez ma fierté lorsque que je me suis aperçu (à un mot près : j'avais choisi « appui » et non « renforcement ») que le nom que j'avais glissé dans la boîte à idées avait été retenu !
Deux choses m'ont interloqué au cours de ce séminaire. La première est la ferveur et la rationalité des organisations de jeunes représentées. La seconde est que beaucoup de représentants d'organisations de la société civile guinéenne, ont déploré la faiblesse de celle-ci. Mais dans quel autre pays de la sous région d'Afrique de l'Ouest et même du continent entier, une population en lien avec les organisations de la société civile (les syndicats notamment) a-t-elle renversé un gouvernement ? Aucun, ce qui me pousse à penser que la société civile guinéenne est puissante et très déterminée, mais elle souffre d'un déficit d'organisation. En cela la finalisation du PCPA Guinée (prévue depuis 2003) a pu bénéficier d'un climat plus que favorable...
Depuis les événements du début de 2007 la Guinée Conakry respire à nouveau, mais au prix de 200 morts (officiellement). Lorsque j'ai postulé pour ce stage, j'étais loin d'imaginer me retrouver dans un pays dont la population venait de se révolter pour aspirer à la démocratie, à la transparence, au redressement économique et à la modernisation. Déjà quelques changements sont visibles parmi lesquels la dévaluation de la monnaie : l'euro est passé de presque 8000 Francs Guinéens en février à un peu moins de 4000 aujourd'hui.
Même si, revenu à Labé et poursuivant mon enquête sur la communication, je suis heureux de travailler pour le Projet de Nantes-Guinée, et que je me sens bien ici, je n'oublie que j'évolue dans un pays où la population vit difficilement et où la situation politique reste fragile...en témoigne l'ultimatum du 9 mai fixé par le syndicat de travailleurs CNTG au gouvernement pour une baisse généralisée des prix.
Karl Tourais, stagiaire à Nantes-Guinée.